Benvinguts a València

Parmi les villes étrangères que je connais bien, il y a Valence, où j’ai vécu et retourne souvent. C’est une ville pleine de surprises et culturellement passionnante qui mériterait d’innombrables billets de blog… Commençons déjà, modestement, par un premier article ! Je vais vous parler d’un musée qui me plaît particulièrement : le Museo Nacional de Cerámica y Artes Suntuarias González Martí. Propos liminaires de circonstance : c’est un regard personnel, de non spécialiste et évidemment non exhaustif que je propose ici. Comme à mon habitude, vous verrez, la musique est toujours présente !

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Palau del Marqués de Dosaigües, Valence (Espagne)

Le Museo González Martí n’est pas seulement un musée, c’est d’abord un monument. Impossible de passer dans la calle de la Cultura (jusqu’à récemment « raconada de Federico Garcia Sànchiz ») sans être subjugué par la façade de ce Palau del Marqués de Dosaigües qui, comme son nom l’indique, était à l’origine le domicile des barons puis des marquis de « Deux Eaux ». Si la structure de l’édifice est plus ancienne, l’essentiel du décor (dont l’impressionnante façade de stuc et d’albâtre) date principalement du milieu du XVIIIe siècle et du milieu du XIXe siècle.

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Entrée principale du Palau del Marqués de Dosaigües

Malheureusement, toute proportion gardée, on pourrait appliquer à cette façade la phrase de Voltaire au sujet de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais à Paris : « chef-d’œuvre d’architecture auquel il manque (…) une place » qui permettrait de l’admirer comme il se doit, avec suffisamment de recul.

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Impossible d’embrasser d’un seul regard toute la façade principale

Le marquisat des « Deux Eaux », fait référence aux deux principaux fleuves, le Xúquer et le Túria (Júcar et Turia en castillan), de la région valencienne. En toute logique, deux allégories de ces cours d’eaux encadrent l’entrée du palais.

Anecdote amusante, juste au-dessus, une niche accueille une Vierge du Rosaire : cette niche dispose d’un système grâce auquel la statue se trouvait recouverte lorsque les marquis s’absentaient de leur résidence !

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Vierge du Rosaire dans la niche au-dessus de l’entrée principale

On doit ce groupe sculpté, comme le reste du décor en albâtre, à Ignacio Vergara, artiste valencien du milieu du XVIIIe siècle. Si vous êtes curieux de connaître le visage de ce talentueux sculpteur, ce dernier est mis à l’honneur aux côtés d’autres figures valenciennes importantes, dans la Salle des personnages illustres du palais, à travers un portrait peint par José Brel y Gital (1841-1894).

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Portrait du sculpteur Ignacio Vergara, José Brel y Gital, Museo Nacional de Cerámica y Artes Suntuarias González Martí, Valence (Espagne)

Au-dessus de cette huile sur toile, que vois-je ? un musicien ! La frise reprend à plusieurs reprises ce motif.

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Détail de la frise de la Salle des personnages illustres

Dans une pièce cherchant à rendre hommage à de grands personnages, on peut s’interroger : pourquoi cette figure ne joue-t-elle pas de la trompette, attribut conventionnel de la Renommée ? Il s’agit ici de deux auloi, instruments à vent antiques (à anche simple ou double, pour être plus précis), dont on jouait généralement par paire. La représentation de ces ancêtres du hautbois et de la clarinette peut, dans ce contexte, se comprendre de deux façons (l’une n’excluant pas l’autre) : 1. L’allusion à l’Antiquité grecque est glorificatrice en tant que telle ; 2. Bien qu’il s’agisse d’un instrument fort différent, la forme de l’aulos rappelle ici celle des trompettes droites sans pistons dont sont traditionnellement affublées les allégories de la Renommée.

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Allégorie de la Renommée, Artemisia Gentileschi, c. 1630-1635, collection privée

Pas de musée de la céramique sans céramique ! Pour rester dans le thème des instruments à vent antiques, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter ce charmant Pan de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Contrairement à Rubens (comme je l’avais noté dans mon billet le concernant), l’auteur, anonyme, ne s’est pas trompé : c’est bien dans ce sens qu’il convient de tenir une flûte de Pan !

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Salon de musique / Salle de bal, Palau del Marqués de Dosaigües, Valence (Espagne)

Pour revenir au Palau del Marqués de Dosaigües, la pièce la plus vaste de l’étage noble n’est autre que le salon de musique (ou salle de bal). C’était là que l’on accueillait, le plus souvent, les visiteurs.

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Claustra de la salle de bal

Les musiciens se tenaient derrière des sortes de claustras (ou claustra pour les plus latinistes de mes lecteurs) et accompagnaient, de leurs sons, les réceptions : sans doute était-ce un moyen pour ces nobles, en ces temps précédant la musique enregistrée, de pouvoir profiter de cet art sans avoir à souffrir la vue de ses modestes interprètes.

Sans surprise, le décor sculpté du XIXe siècle évoque la fonction de cette pièce. L’historicisme (mouvement s’inspirant de styles l’ayant précédé) éclectique du salon de musique se retrouve logiquement dans le choix des instruments représentés : on y distingue, entre autres motifs, des instruments antiques (lyres, crotales, flûtes de Pan…), de la Renaissance (lira da braccio, luth…), mais aussi des instruments encore utilisés au moment de l’exécution du décor (comme la trompe de chasse et le tambour).

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les lire da braccio et les luths sont ici insérés, sur les pilastres, dans le décor dits de « grotesques » : en effet, tout comme ces deux instruments, c’est à la Renaissance que se diffusent ces types de décors.

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Fenêtre du patio donnant sur le salon de musique

Détail amusant, la fenêtre du patio donnant sur ce cette pièce est flanquée et couronnée de reliefs représentant instruments et musiciens, au premier rang desquels, tout en haut, le dieu Apollon avec sa lyre à sept cordes (fabriquée et offerte par Hermès).

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Relief surmontant la fenêtre du patio qui donne sur le salon de musique

Vous me direz : « Mais, il n’y a pas de chanteuses ou de chanteurs dans ce salon de musique ? seulement des instrumentistes ? » Rassurez-vous, la voix, mon instrument préféré, bien que le moins aisé à représenter, se retrouve bien dans cette pièce.

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Joueur de luth et chanteur tenant un phylactère

On peut, en effet, considérer – il s’agit d’une convention iconographique très répandue – que la figure à droite du joueur de luth, tenant une sorte de phylactère, est ici en train de chanter les paroles inscrites (du moins, en théorie) sur sa banderole.

Craignant que l’on me reproche de n’évoquer que la musique, mais ne souhaitant pas ennuyer mes lectrices et lecteurs avec un billet trop long, je me résous à réaliser un inventaire à la Prévert de ce que l’on peut voir dans ce Museo Nacional de Cerámica y Artes Suntuarias González Martí :

Des poivrons, Marie-Antoinette (d’après Vigée Le Brun), un biberon du XVIIIe siècle, des céramiques de Picasso (période Vallauris), un plat à épices du XVIIe siècle (superbe exemple de la céramique à reflets métalliques produite à Manises dans la région valencienne), une period room, un gâteau (enfin, il me semble que c’en est un !), Madame du Barry (d’après Pajou)…

Après cette liste de choses incongrues, étranges, je ne pouvais conclure ce billet qu’avec un extrait de l’opéra Una cosa rara (littéralement « Une chose étrange ») composé par le Valencien Martín i Soler en 1786. Voici le finale du Ier acte.

Pourquoi cet extrait en particulier ? Car il me permet une dernière anecdote : le thème principal est cité, l’année suivante, par Mozart à la fin de son Don Giovanni (écouter à partir de 1:00) !

 

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